Les Origines du Krav Maga.
Avant 1948, l' Etat d'Israël n'existait pas. La dernière fois que le monde a entendu parler de celui-ci, c'est en l'an 70 avant J-C quand les légions romaines sous le commandement du Général Titus écrasèrent brutalement la révolte juive en dispersant la majorité de la population juive à travers l'Empire Romain et en renommant cette nation Palestine (mot latin qui désigne les anciens ennemis d'Israël). Aujourd'hui cela représente la Bande de Gaza et la région de Tel Aviv.
Bien qu'habitant la terre Sainte depuis 1932 ans, les Juifs ont toujours été en conflit avec les puissances étrangères : Bysantins, Arabes, Croisés, à nouveau Arabes et Ottomans. L'Empire Ottoman (1300-1918) règna sur les Juifs et les Arabes de la région jusqu'à sa propre défaite lors de la 1ère guerre mondiale et l'entrée en vigueur du mandat britanique de 1919. La même année, les Juifs formèrent un groupe armé secret nommé "Haganah" (terme hébreu pour défense) afin de répondre au conflit permanent avec les gangs arabes et anticipativement à la création d'un Etat Juif comme promis par les Britaniques lors de la déclaration de Balfour. Malgré la popularité du mouvement Sioniste et l'accroissement de l'immigration juive, la fondation de l'Etat connut un lent développement.
Les pouvoirs coloniaux autorisèrent la police locale à former une unité d'élite appelée "Notrim" (Gardes) pour défendre les postes isolés d'agriculteurs juifs contre les marraudeurs arabes et pour calmer les émeutes raciales dans les centres urbains.
Bien qu'elle eut du succès pour la défense des petits avant-postes, la «Notrim» ne fut pas efficace pour stopper les émeutes meurtrières et pour poursuivre l'ennemi derrière ses lignes. Yitzhak Sadeh, officier du "Haganah" considéré comme le père des forces spéciales israéliennes comprit les points faibles des unités policières et forma une nouvelle unité armée appelée "Nodedot" (Vagabonds).
Quand la 2ème guerre mondiale fit à nouveau entrer les forces britaniques en conflit, le besoin d'une source fiable de fuel devint crucial. Néanmoins, ce flux était menacé par les troupes allemandes avançant vers l'Est de l' Afrique du nord et par de nombreuses tribus arabes ouvertement alliées aux nazis. Hésitant au départ, les britaniques se tournèrent à nouveau vers les combattants juifs et formèrent les premières unités des Forces Spéciales Isréliennes officielles le 14 mai 1941. Elles furent connues sous le nom de "Pal'mach" (acronyme de Plugot Machatz signifiant Peloton de frappe).
Le nombre originel de personnes admises dans la «Pal'mach» pour être entraînées sous supervision britanique était de 1000 mais la "Haganah" dépassa ces prérogatives et entraîna environ 3000 hommes afin de préparer une future armée juive pouvant être utilisée après la guerre.
L' entraînement que reçurent les commandos de la "Pal' mach" était appelé "Kapap" (acronyme pour "Krav Panim I' Panim" ou Combat face à face). Le "Kapap" n'était pas un système unique, mais un mélange d'entraînement physique rigoureux, d'entraînement au tir, aux explosifs, aux communications radio ainsi qu'à la survie, aux premiers secours et aux langues étrangères. Le combat à mains nues était une combinaison de techniques de combats occidentaux comme la boxe, la lutte gréco-romaine et de techniques britaniques standards de couteau et de bâton. A ce moment, il n'y avait pas de mot unique ou de terme utilisé pour la self-défense : "Kapap" était un terme englobant la totalité du programme.
Les trois brigades de combat "Pal'mach" assistèrent les Britaniques dans une série de missions au Liban, en Syrie, en Jordanie et dans les Balkans. La fin de la guerre sonna également la fin de la coopération entre Juifs et Britaniques. Les premiers espérant que les seconds tiendraient leur promesse de leur donner un territoire. Lorsqu' ils se rendirent compte que ce ne serait pas le cas, la "Palmach" employa des méthodes de guerilla contre les militaires britaniques et leurs installations policières. Il y eu aussi des attaques terroristes conduites par les groupuscules juifs "Stern Gang" et "Irgun", mais celles-ci furent condamnées par la "Haganah".
Les Nations Unies qui venaient d'être créées savaient qu'il ne s'agissait que d'une question de temps avant qu' un conflit total n'embrase la région. Elles intervinrent donc dans le partage de la région : un Etat Juif sur le côté ouest du Jourdan et un Etat Arabe sur le côté est (la Jordanie actuelle). Dès le départ des Britaniques, les Juifs déclarèrent leur indépendance le 14 mai 1948. Quelques heures plus tard, les forces de Jordanie, du Liban, de l'Irak, de l'Egypte, de la Syrie et de Palestine attaquèrent le jeune Etat d'Israël. La "Haganah", étant à présent une force officielle, se retrouva face à son plus grand combat et fut rebâptisé "Tzava Haganah Le' Yisraël" (IDF : Armée de Défense d' Israël). A travers leur guerre d'indépendance, les Israéliens ne réussirent pas uniquement à survivre mais formèrent une des forces militaires les plus respectées.
En 1949, la "Pal'mach" fut démantelée pour des raisons politiques mais en 1953, l' IDF (Israéli Defense Force) crée une nouvelle force nommée "Unité 101" commandée par le Major Ariel Sharon, le Premier Ministre actuel. Ses tâches étaient d'infiltrer les lignes ennemies et de lancer des raids. Copiées sur le modèle de la "Pal'mach", les techniques de combat de cette unité étaient toujours connues sous le nom de "Kapap".
Remportant un grand succès durant ses six premiers mois d'existence, le rôle de cette unité fut accru et elle fut incorporée au 890ème Parachutiste sous le nom "Unité 202".
En 1957, une unité ultra-secrète "Sayeret Mat' kal" (Unité 216) fut créée par l'officier des services secrets, Avraham Aran, qui la modela d'après le "SAS" britanique. En 1970, cette unité connu une gloire mondiale suite à une série d'opérations anti-terroristes spectaculaires, la plus célèbre étant "Thunderball" les 3 et 4 juillet 1976. Lors de celle-ci, les opérateurs israéliens se rendirent en Ouganda pour secourir 103 otages de terroristes allemands et palestiniens.
Construites sur le modèles de "Unité 101", "Unité 202", "Sayeret Mat' kal" et d' autres comandos d'élite, de nombreuses unités spécialisées furent créées par les Israéliens pour s'occuper de l'état de guerre permanent :
"Ha Kommando Ha' Yami" (idem Navy Seal)
"Mitsta' aravim" (unité déguisée en Arabes)
"Sayeret Tzanhanim" (Airborne)
"Sayeret Golani" (unité de combat en montagne)
"Sayeret Egoz" (Forces Spéciales)
"Yamam" (unité paramilitaire policière de contre-terrorisme) ...
Au sein de l'IDF, les Forces Spéciales avaient le monopole de l'entraînement aux arts martiaux. Le "Kapap" devint le "Lochama Zehira" (micro combat) dans les années '70. Le système incluait une variété de compétences militaires ainsi que le combat à mains nues. Mais avec Israël sous le joug constant de ses voisins arabes, d'autres unités régulières eurent besoin de formation à ce type de combat. Ce qui mena à la création d'une méthode de combat pragmatique.
La naissance du Krav Maga.
Dans les années '80, pour préparer les soldats au combat et leur inculquer un «esprit guerrier», l'IDF créa un programme d'entraînement accéléré appelé "Krav Maga" (combat contact).
Les Forces Spéciales israéliennes continuèrent à se référer à leur propre types de techniques de combat en le nommant "Kapap ou Lochama Zehira" pour le distinguer du Krav Maga.
Le Jiujitsu et le Judo furent les premiers arts martiaux asiatiques introduits au sein de l' IDF par les instructeurs de "Kapap" : Moni Aizik et Imi Lichtenfeld. Ensuite, Dennis Hanover avec d'autres instructeurs des Forces Spéciales comme le Lieutenant Colonel Chaim Pe'er aidèrent à poser les fondations du Krav Maga actuel. Dans les années '80, un juif d'origine française, André Zeitun, enseigne la Boxe Thaï aux militaires influençant ainsi de nombreux coups de pieds utilisés par le système d'aujourd' hui.
Le Krav Maga est un système hybride qui encourage les étudiants à être agressifs et à mettre la pression dans le combat. Il inclut des coups de poings puissants, des coups de coudes, des coups de genoux issus de la Boxe Thaï, des coups de pieds bas, de la lutte, des défenses et des désarmements contre couteaux, armes de poing et d'épaule et de nombreux exercices développant la condition physique.
Le concept originel du Krav Maga était d'absorber tout art martial utile en y puisant ses techniques les plus efficaces et en les enseignant rapidement et efficacement.
Le Krav Maga et ses dérivés.
A la fin des années '80, le Krav Maga était aussi enseigné au civils israéliens.
En Israël, chacun sert dans l'armée et donc la majorité de population est exposée à la guerre.
Le nom de cet art martial devint tellement commun qu'il commença à être utilisé de manière générique en Israël comme le terme Karaté l'est aux USA. Des styles différents commencèrent à surgir un peu partout.
Au début des années '90, tout le monde prétendait être un maître de Krav Maga ou une ceinture noire 10ème dan.
Certains instructeurs du Krav Maga originel (Dennis Hanover par ex.) furent tellement fatigués d'entendre des gens proclamer que leur Krav Maga était la "vraie version enseignée aux unités d' élite" qu'il supprimèrent le terme Krav Maga de leur vocabulaire. Hanover finit par appeler son art martial "Hisardut" (survie) et l'enseigna aux Forces Spéciales sous ce nouveau nom.
Avec l'aide de ses fils, Guy et Yaron, il donna également des cours aux civils. Une de leurs plus grandes réussites fut d'avoir enseigné à la prestigieuse "Lochama Be' Terror" (Ecole Militaire Israélienne de Contre-Terrorisme).
Au vu de tous les prétendants à la pérennité du Krav Maga, des instructeurs vétérans ressentirent le besoin de codifier ce qui était ou n'était pas le "pur" Krav Maga. Plusieurs organisations se développèrent : la Krav Maga Association, la Krav Maga Federation, la Krav Maga Union, l'Israeli Krav Maga, l'Intrenational Krav Maga Federation, le Krav Magen (dirigé par Eli Avikzar), etc. Il y a quelques années, le "Wingate Institut", une institution sportive israélienne réputée, prétendit avoirs les droits exclusifs du Krav Maga pour tous les problèmes de licence ou de curriculum. Bien qu'il ait récemment perdu son procès, il est actuellement en appel auprès de la Cour Suprême Israélienne. De nombreux membres de la communauté militaire sont choqués de la tentative du Wingate Institut pour prendre le contrôle du nom "Krav Maga".
Depuis la commercialisation du "Krav Maga" et du «Hisardut» en Israël, il y a eu un mouvement visant à s'éloigner de ces termes. De nombreuses unités d'élite de l'armée se réfèrent toujours à leur combat à mains nues sous l'appellation "Kapap". Mais un nouveau terme a aussi vu le jour dans la communauté anti-terroriste : "Lotar" (dérivé de l'école "Lochama be' terror"). Tous les instructeurs "Kapap" et "Lotar" sont des instructeurs "Krav Maga" dans l' armée mais l'inverse n'est pas vrai.
De nombreux enseignants se nomment maintenant "Madrich Le' Chima" (instructeur de combat) . Même la police israélienne a changé et appelle à présent ses tactiques de défense "Haganah Atmit".
En plus des aptitudes de combat du Krav Maga, le "Kapap", et le "Lotar" comprennent des techniques de projections face à des terroristes, des techniques d'assassinats, l'étude des points vitaux et une nouvelle composante : l'entraînement sous pression, qui se réfère à un entraînement physique et psychologique visant à améliorer la résistance au stress du combat.